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Publié par Guy Leroy

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Tout le monde le sait, en Inde, le cliché des clichés, c’est la Vache ! C'est une image si forte qu'on ne peut lui mettre que la majuscule. Souvenez-vous de Tintin et du capitaine Haddock aux prises avec cet animal récalcitrant qui bloque leur taxi dans une rue de New Delhi : " Vache sacrée Sahib… Ne pas déranger.. Toi attendre elle s’en aller. " Et c’est vrai, elles sont bien là, les vaches, à déambuler avec assurance et nonchalance dans les rues des villes, même des plus grandes, des plus modernes comme Bangalore, mais même à Pondichéry. Elles adorent tout particulièrement le terre-plein qui sépare les quatre voies des routes principales ou "autoroutes". Elles s’y étendent en plein milieu, et y ruminent à l’aise ; le va-et-vient incessant des automobiles à leur côté chasse les mouches qui les tourmentent habituellement. Tout cela est vrai, authentique, véridique et quotidien...normal en Inde. 


La vache était déjà vénérée en Inde il y a 3500 ans par les Aryens qui étaient pasteurs à l'origine. Les sacrifices védiques, comprenant offrandes et récitation d'hymnes sacrés, constituaient une part importante de la vie quotidienne de l'époque. Ces rituels étaient célébrés par les brahmanes, mais l'offrande du sacrifice, faite principalement de beurre fondu, étaient accomplie par tout le monde.

 

 

POURQUOI LES VACHES SONT SACREES ?

 

Le cri de la vache en Inde s'entend par le son ouvert "mâ". En tamoul "Mâ" (et dans d'autres langues indiennes) signifie "Mère" ou "Maman". Ainsi donc par extension, "mâ" signifie la Terre-mère, la source première, notre naissance, nos origines.

Pour rester dans la sémantique et l'étymologie, on dit que le mot " cow" de l'anglais viendrait du sanskrit " gow ". Gavo vishwasya mataraha ! s'exclame l'Hindou, " la vache est la mère de l'univers ", univers qui était à l'origine un océan de lait. On ne mange donc pas sa mère. "On ne jette pas sa mère. On la garde jusqu'au bout. Elle nous a nourris, nous lui devons tout". Évident ! On considère même que le lait, l'urine et la bouse de la vache sont des éléments purificateurs. Dans pas mal de villages, on peut voir encore les paysans enduirent le seuil de leur demeure d'un liquide à base de bouse et d'urine de vache. Il paraît que la mixture a des vertus pesticides.

Donc les indiens, frappés d'émerveillement par cet animal qui prononce ce son originel vouent à la vache une admiration et une reconnaissance éternelle.

Mythologiquement, on sait que l'un des dieux de la Trinité Hindoue possède une monture céleste, qui n'est autre que Nandi, boeuf puissant et rapide.

Autre théorie : La plupart des indiens pensent que les vaches qui déambulent placidement dans leurs villes et villages ont la personnification de tous les dieux du panthéon indien et des centres de pèlerinage. Selon la légende, Surabhi, la mère de toutes les vaches, figurait parmi les trésors qui apparurent après le barattage de l'océan cosmique. Les vaches donnent cinq produits sacrés, ou pancagavya (le lait, le caillé, le beurre, l'urine et la bouse), qui jouent toujours un rôle essentiel dans la vie quotidienne de millions d'indiens. Le mélange de ces cinq éléments est considéré comme extrêmement purificateur pour l'âme et le corps, et nombreux sont les hindous qui l'absorbent.

 

Bien que sacrée, la vache indienne possède un organe impur : sa bouche. Cela vient d'un mensonge qu'elle fit un jour lors d'une dispute entre Brahmâ et Shiva. Elle prit délibérément le parti de Brahmâ et mentit. Mais Shiva découvrit ce mensonge et déclara que, dorénavant, la vache serait sacrée mais que sa bouche serait éternellement impure. En dépit de cet anathème, les indiens ne consomment même pas de langue de bœuf même si elle n'est pas sacrée !

 

 

TRADITIONS ET FESTIVITES AUTOUR DE LA VACHE SACREE

 

Janvier est un mois et une période importante du Sud de l'Inde, plus précisément du Tamil Nadu : celle lde la célébration de Pongal. Pongal, c'est la récolte du riz, le nouvel an tamoul.

 

Ce qu'il ne faut manquer pour rien au monde durant ces festivités, c'est le jour où l'on honore les vaches ! Le Pongal, grande fête des moissons du riz en pays tamoul, y dure quatre jours. Lors du troisième, le bétail est à l'honneur, on décore les bœufs et, dans certaines villes, des combats de taureaux sont organisés. Des courses spectaculaires de chars à boeufs sont souvent organisées, et tous les bovins sont décorés de fleurs, de safran d'Inde (curcuma), de clochettes...C'est la fête qui marque en quelque sorte le passage d'une année agricole à la suivante. On prépare à cette occasion le Pongal (mélange de riz, sucre, lait et dhal), symbole de prospérité et d'abondance. Le lait vient de la vache évidemment.

C'est l'occasion d'une réunion de famille exceptionnelle donc prétexte à des tenues exceptionnelles. Ainsi les plus beaux saris y sont dévoilés, ainsi que des nattes pleines de fleurs pour l'occasion.

 

 

LA VACHE SACREE AU QUOTIDIEN

La vache sacrée est respectée et vénérée au quotidien. Dans les villages posséder une vache est un signe de bon augure. Le vendredi est pour les hindous la jour de la femme...Toutes les indiennes en général en profitent au Tamil Nadu. Ce jour là elle se lave les cheveux, se baigne dans une eau safranée (on tire de la pierre de curcuma une pâte jaune onctueuse avec laquelle on se lave et qui a la vertu de nettoyer les impuretés de la peau, de l'adoucir et de la rendre douce et légèrement jaune), revêt un joli sari et met un pôthu rouge, point rouge sur le front, troisième oeil de la conscience, symbole du pouvoir de l'esprit Ce rituel est également appliquée à la vache, ce qui montre à quel point elle est adorée.

 

Ce qui la rend sacrée aussi c'est son lait, liquide précieux largement utilisé dans la cuisine indienne puisqu'il entre dans la composition de nombreux mets (raïta, lassis, sauces....).

Le lait de vache joue également un rôle important dans le rituel religieux hindou. Le prêtre tamoul utilise ce liquide dans le "pâl abishavam" acte de laver la statue de la divinité hindoue honorée ainsi. Sont donc lavés au lait et honorés tous les dieux priés, le lingam yoni (symbole de la biporalité masculine-féminine).

 

On utilise aussi la bouse de vache. Séchée sous forme de galettes plates elle est utilisée comme combustible pour le four traditionnel en terre cuite en cuisine.

 

Enfin sachez qu' un hindou pieux ne passera jamais à côté d'une vache sans la toucher de sa main qu'il portera ensuite au front en signe de respect et d'hommage. Il n'est pas question non plus de frapper, d'insulter ni de tuer une vache. En réalité, seule la bouse de vache indienne est réellement utilisée couramment. Les femelles zébus (les vaches indiennes sont du type zébu, n'ont pas la même morphologie que celles européennes) donnent en effet peu de lait, et la majorité des produits lactés consommés en Inde proviennent de bufflonnes ou de vaches importées d'origine étrangère. Quant les vaches et les bœufs décèdent, leur cuir est néanmoins utilisé mais il est tanné et traité par les intouchables qui seuls peuvent toucher et dépecer ces animaux sans crainte d'être définitivement condamné par un tel acte.

 

Par respect pour ce bel animal, les Indiens en général ne mangent pas sa chair.

 

 

DU RIFIFI A PROPOS DES VACHES SACREES

Tout était pour le mieux entre vaches sacrées et hindous dans le meilleur des mondes Indiens jusqu'à ce qu'un illustre historien jette un sabot dans la mare… Selon Dwijendra Narayan Jha, professeur d'histoire à l'université de New Delhi et spécialiste de l'Inde ancienne, les hindous auraient autrefois mangé de la viande de bœuf avant que les textes religieux et les coutumes ne l'interdisent. Pour démontrer cela, il s'appuie notamment sur les Manusmriti ou Lois de Manu, code juridique antique, qui dresse la liste des animaux qui peuvent être consommés. Le seul interdit concerne le chameau. Dans une phase ultérieure, les textes sacrés hindous parlent de «l'ancienne pratique» consistant à manger du bœuf. D'après D. N. Jha, ce seraient les brahmanes qui auraient petit à petit imposé cette interdit alimentaire afin d‘attribuer une place précise aux individus dans la hiérarchie sociale : celui qui mange du bœuf est un intouchable, un hors-caste. Ainsi selon cette théorie, la vache fut donc consommée en Inde avant l'arrivée des musulmans.

 

Bien entendu, cette affirmation a soulevé de nombreux remous. La publication de l'ouvrage de Jha, Holy Cow – Beef in Indian Dietary Traditions (La vache sacrée – le bœuf dans la tradition alimentaire de l'Inde) a suscité des réactions violentes de la part des extrémistes hindous et l'auteur a reçu plusieurs fois des menaces de mort. De plus, un tribunal d'Hyderabad a interdit le livre. Il n'est donc toujours pas bon défendre le rôti ou la côte de bœuf en Inde…La vache sacrée indienne est donc le résultat de la religion, la tradition et des contraintes sociales et économiques. Cela dit, les currys de bœuf figurent en bonne place dans nombre de restaurants indiens…

 

 

Malgré ce point de vue dissident, les vaches sacrées restent un symbole. Vous pouvez toutefois trouver la vache en plat en Inde mais dans les cuisines non-hindous (musulmans, chrétiens).

 

Un autre livre évoque avec beaucoup de tendresse ses chères bêtes sacrées : "Etre une vache à Pondichery"

 

Source : Mes souvenirs de Pondichéry

www.pondichery.com

 

 

LES VACHES SACREES AILLEURS QU'EN INDE

Chez les Grecs dans l'Antiquité, les bovins étaient aussi des animaux sacrés mais pas de la même manière qu'en Inde. Les Grecs n'ont que rarement la chance d'en manger ! Animaux précieux, la vache et le bœuf sont avant tout utilisés pour leur force physique. Ils tirent charrettes et carrioles, labourent les champs, mais on ne voit guère de grands troupeaux de bovidés, tels ceux qui ont fait la réputation et la renommée de l'Egypte ancienne ou de l'Italie romaine. Symbole de la puissance et de la richesse, les Grecs se servent du bœuf comme d'un étalon monétaire ou d'une unité de référence. Sur les marchés helléniques, on estimait un prix en valeur « bœufs » bien avant l'apparition de monnaies métalliques.

 

La vache : offrande préférée des dieux

 

Les cérémonies religieuses grecques sont essentielles dans le contrat passé entre les dieux et les humains : les hommes rendent hommage aux divinités qui leur assurent en contrepartie protection et réussite. De plus, la fête (ou panégyrie) qui rassemble les hommes (et non les femmes) permet de renforcer la cohésion de la communauté.

 

Plusieurs étapes marquent le déroulement de la cérémonie. Elle débute avec la procession solennelle rythmée par les flûtes qui conduit les futures victimes animales au pied de l'autel où elles seront immolées. Vient ensuite le sacrifice proprement dit, suivi des hymnes adressés aux dieux et du banquet qui réunit les participants.

 

Les cornes dorées des animaux sont décorées de guirlandes de laine. Les prêtres font alors le tour de l'autel avant d'asperger les offrandes sur pied de quelques gouttes d'eau lustrale. Ils allument le feu sacré sur l'autel et y jettent des grains d'orge et une touffe de poils prélevés sur la tête des animaux.

L'animal est égorgé à l'aide d'un couteau par un prêtre. Il lui tient la tête renversée en arrière afin d'asperger l'autel de son sang. La bête est enfin dépecée et divisée en deux parties après examen des entrailles. Une moitié de l'animal (les os et la graisse) est brûlée sur l'autel afin que leur fumet flatte les narines des dieux. La chair est quant à elle consommée par les hommes au cours du banquet qui suit le sacrifice.

Il ne valait donc pas être vache en Grèce à cette époque ! Rien à voir avec l'Inde où ces bêtes cornues sont reines. 

Commenter cet article

lampin 08/12/2011 10:58


Intéressant la parallèle vaches de Grèce et d'Inde, comme pour les hommes, les chances ne sont malheureusement pas égales au départ!  Merci à vous pour votre sens du partage et
votre générosité dans le don de votre temps! (au détriment du mien car je resterais à vous lire et à découvrir vos prédents voyages 24h/24.


Cordialement, Maharani