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Publié par Guy Leroy

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L’Histoire : Témoignage d’amour d’un homme à son épouse.

Alors qu’il n’est qu’un prince, Shah Jahan succombe aux charmes d’Arjumand Banu (nièce de Nur jahan) et l’épouse. Devenu empereur, il lui accorde le titre de « Mumtaz Mahal » (l’élue du palais).

Mais la reine meurt en couches en 1631 en donnant naissance à son quatorzième enfant (neuvième pour certains). Shah Jahan qui lui voue un amour sans borne est terriblement affecté et promet de faire construire à sa mémoire le plus beau mausolée jamais construit par un homme pour son épouse. Il ramène sa dépouille à Agra et la fait ensevelir momentanément avant de faire commencer les travaux d’un édifice qui devait être le plus magnifique du monde. (Pour situer le Taj voir plan Agra)

 

 Les Travaux : 22 ans et 20.000 hommes pour le construire.

Shah Jahan ayant visité les meilleurs exemples d’architecture de l’Inde donna son approbation pour concevoir un jardin funéraire dans la lignée du tombeau d’Humayun (son arrière grand-père) à Delhi.

Pour ce tombeau, Shah Jahan va faire venir les plus beaux matériaux : marbre blanc de Jodhpur, cornaline de Bagdad, turquoise du Tibet, malachite de Russie, diamants et onyx d’Asie Centrale, jade de Chine, agates du Yémen, mais aussi or, améthyste, nacre, corail, lapis-lazuli…  

20.000 personnes travailleront 12 ans sous la direction des plus grands maîtres de l’époque dans leur spécialité et il faudra dix ans de travaux supplémentaires pour qu’en 1652 le dôme blanc se dresse vers le ciel et éclipse complètement le modèle de Delhi.

 

 Les jardins et les extérieurs du mausolée.

Une vue célèbre. Une fois passée la fouille réglementaire par le service de sécurité, depuis l’immense porte à arche, on voit apparaître le Taj dans sa vision la plus célèbre et depuis cette position, à 275 mètres, avec son dôme de marbre massif qui semble proche et attire irrésistiblement le visiteur, il semble flotter sur terre comme dans une manipulation de la perspective.

Jardins et canaux. Immédiatement sous cette porte, on découvre le jardin et le canal central. Ce canal, bordé de cyprès symbolisant la mort, est doté de jets splendides s’étendant jusqu’au mausolée et reflète à la perfection la grandeur du tombeau, encadré de ses quatre minarets. L’enceinte du Taj comporte aussi, des deux côtés du mausolée, deux grands édifices en grés rouge (dont une mosquée) qui renforcent la symétrie de l’ensemble. Le Taj Mahal répond au plan typiquement Persan adopté auparavant pour le tombeau d’Humayun, mais ici le mausolée se trouve au fond du jardin et non au milieu, mettant en valeur la symétrie parfaite de l’ensemble. Le grand jardin, le canal et les deux bâtiments auxiliaires permettent au Taj Mahal d’apparaître dans un équilibre absolu comme l’aboutissement de l’harmonie.

L’architecture du Taj. Posé sur une terrasse (7 m de hauteur) revêtue de marbre blanc, le bâtiment central, typiquement persan, est un carré aux angles coupés (formant ainsi un octogone irrégulier). Aux quatre coins de cette plate-forme, s’élancent quatre minarets surmontés d’un dôme à ombrelle. L’immense coupole du Taj (26 m de haut et 18 m de diamètre), bulbeuse et en marbre blanc, est flanquée de 4 kiosques à dôme aux arcs polylobés. Sur chacune des 4 façades de 33 m de haut, s’ouvre un grand porche (iwan) à arcade ogivale, propre à l’architecture islamique. Ces quatre porches à arcs renforcés sont encadrés de bandeaux superbement calligraphiés, reproduisant les versets du coran et dont les caractères paraissent  avoir les mêmes dimensions de bas en haut, c’est en réalité une ingéniosité de l’art de la calligraphie pour compenser les lois de la perspective (en photographie il faudra attendre les chambres et les objectifs à décentrement pour obtenir le même résultat). La masse lumineuse du marbre blanc est équilibrée par l’utilisation de décorations, en couleur très retenue, sous forme d’arabesques florales et de motifs géométriques exécutés en pierres semi précieuses polychromes : turquoise, corail, malachite, lapis-lazuli, insérées dans le marbre blanc (technique de la pietra dura).

  

 Dans le mausolée : tombeaux et cénotaphes.

La chambre des tombeaux. Sous le dôme, dans le mausolée, la chambre octogonale centrale renferme les cénotaphes de Mumtaz Mahal et de Shah Jahan. (Un cénotaphe est un monument élevé à la mémoire d'une personne dont la forme rappelle celle d'un tombeau, mais il ne contient pas de corps). Les vrais tombeaux se trouvent dans une crypte souterraine, juste au dessous des cénotaphes. Au dessus de la chambre des sépultures, selon la conception persane, le dôme est double avec un grand vide à l’intérieur, d’ou la sensation d’intimité à l’intérieur du mausolée qui tranche avec l’aspect grandiose du dôme vu de l’extérieur.

Ornements et incrustations : exécution parfaite et beauté exemplaire. Les cénotaphes en marbre sont incrustés de pierres selon la technique de la pietra dura : avec une finesse extrême et sans raccord visible, des morceaux de pierres semi précieuses sont minutieusement enchâssés les uns dans les autres. Trente cinq types de pierres précieuses ont été utilisés et une seule fleur pouvait contenir plus de soixante morceaux. En effet certaines fleurs des arabesques florales comportent 64 pétales composés d’autant d’éclat de pierres précieuses incrustés dans le marbre. Malheureusement la grille en or incrustée de pierres précieuses qui entourait les cénotaphes a été supprimée par Aurangzeb, mais elle a été remplacée par de magnifiques écrans treillagés en marbre qui représentent l’exemple parfait de cet art.

Une fin tragique. Shah Jahan avait prévu une réplique du Taj en marbre noir pour lui même, mais c’était compter sans son fou de fils, Aurangzeb, qui après avoir fait tuer ses trois frères fit emprisonner Shah Jahan huit ans au fort rouge d’Agra, jusqu’à sa mort en 1666. Finalement Shah Jahan sera enterré à côté de son épouse, Mumtaz Mahal, dans le Taj même et son cénotaphe représente le seul point d’asymétrie du bâtiment qui est justement un parfait modèle de symétrie.

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