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Publié par Guy Leroy








 

 

 

Pour les mineurs de Potosi, le travail de la mine n'est pas que la conquête de la richesse du sous-sol par la force et la technique. C'est une activité ritualisée qui relève du pèlerinage et du parcours initiatique où le christianisme se mêle à d'anciennes pratiques chamaniques. Elle implique une descente dans un monde souterrain régit par des divinités - diables, ancêtres, forces sauvages - auprès desquelles il faut solliciter rituellement la fertilité de la montagne et l'accès aux filons.

 

 

 

Entre les hommes et les divinités se nouent des relations conçues en termes de rapports de production. Chaque entité du monde souterrain joue un rôle spécifique dans la production minière que l'homme doit encourager par ses offrandes et soutenir par son travail. La Terre Mère fertilise les gisements, le diable minier organise leur exploitation par les hommes. Parallèlement, le rôle rituel de chaque travailleur (membres de la coopérative, péons salariés, travailleurs à la tâche, dirigeants) est conditionné par sa position dans les rapports de travail et son mode de rémunération. Les liens de dépendance et de domination entre les travailleurs se trouvent ainsi légitimés dans le religieux.

Au niveau des représentations symboliques, tandis que le travail opère une socialisation du monde souterrain, le mineur devient diable pour pouvoir négocier avec les forces sauvages du sous-sol et s'unir sexuellement avec la montagne pour produire le minerai. Cette possession diabolique institue les mineurs comme une classe sociale à part, distincte des paysans et des autres travailleurs urbains. Elle permet de justifier la domination masculine et l'exclusion des femmes qui sont reléguées à l'extérieur des mines à des travaux mal rémunérés (déblayage des minerais…).

Si le diable minier est toujours là, sa représentation évolue avec la société. Avant les années 1980, à l'époque des puissants syndicats, il était la figure emblématique de l'insurrection politique des mineurs. Aujourd'hui, une logique individuelle de promotion sociale a remplacé la mobilisation de classe et la relation avec le diable s'est recentrée sur les pactes individuels : en échange de son âme et de sacrifices humains, dit-on, la divinité offrira au travailleur les meilleurs filons. L'anthropologue met en évidence le rôle de la récente crise minière et l'application des directives libérales du FMI dans la multiplication actuelle de ces pactes. La redistribution inégale des anciennes exploitations d'Etat et la libéralisation du marché national du minerai se sont accompagnées de l'accroissement des inégalités entre mineurs qui les attribuent aux pactes avec le diable. Cette croyance permet de délégitimer la domination des plus riches mineurs sur leurs employés. Au-delà, c'est l'ensemble des réformes libérales qui est diabolisé.
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oiseau 08/11/2009 20:31


Les religions ont toujours servi les plus instruits au détriment de ceux qui n'ont que peu d'instructions.Il est sur qu'on peut dominer tout un peuple grâce aux fausses interprétations de la Bible
voulu par ces dominateurs.Le moyen âge en Europe ne parle que de dominations avec la peur du diable, par exemple.C'est pour cela que l'instruction est nécessaire, il faudrait l'imposer dans ces
pays du tiers monde mais attention aussi qu'elle soit controlée car on peut aussi endoctriner par l'instruction, on ne sait jamais.....


Françoise 18/09/2009 08:25

Ces photos sont vraiment trés réussies. On reconnait l'oeil de l'artiste !Elles sont trés expressives....

paysage 17/09/2009 18:10

après avoir revêtu le bonnet péruvien avez vous du endosser le casque du mineur pour prendre ces photos ?Elles sont superbes, expressives... Etiez vous au fond dans la mine avec eux ?...La religion est l'opium du peuple.... Pour supporter tout ce qu'ils ont du endurer et endurent encore, il leur faut une véritable foi.... Peu importe si nous trouvons ces croyances désuètes si l'homme ne croit plus en l'homme au moins "croire en un être supérieur" lui permet de justifier le pourquoi de sa vie faites de peines et de souffrances... C'est sans doute aussi une leçon d'humilité pour nous qui ne croyons plus en rien ou presqu'en rien....

artlasarraz de eauvive 17/09/2009 16:42

Bonjour cher Guy, voilà encore une histoire qui me plait et qui raconte si bien l'histoire du Perou, j'aime visiter ton site car moi qui ne peux plus faire des rendonnées lointaines je me plonge dans tes photos. Et toi comment prends tu le temps? Bisous A bientôt Giselle

andrée 16/09/2009 22:05

article intéressant. bonne soirée

Malika 16/09/2009 20:49

Merci pour tous ces renseignements.  Malika.