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Publié par Guy Leroy



Le pays possède plus du tiers des réserves mondiales de ce métal très convoité, utilisé pour la fabrication de batteries électriques.

Perdu au sud de la Bolivie, près de la frontière avec l'Argentine, accessible après plusieurs heures de piste dans un désert des sables dont la seule végétation consiste en de rares et chétives touffes d'herbes, le Salar d'Uyuni est unique au monde : il s'agit d'une plaque de sel de 12 000 kilomètres carrés (la surface de l'Ile-de-France !), d'une épaisseur de plus de 10 mètres. Il en rayonne une lumière aveuglante au milieu d'un silence total, toute présence végétale ou animale étant, bien sûr, impossible. Parsemé de petites îles rocheuses, le Salar est perché à 3 653 mètres d'altitude, au sud de l'Altiplano andin. Des vents violents et très froids y font descendre les températures jusqu'à - 30, - 40 °C. C'est l'harto frio (le «froid extrême») tant redouté des Boliviens. L'homme peine à trouver sa place ici et les activités sont rares aux alentours.

Il faut aller dans le petit village de Colchani pour trouver des récoltants de sel. Des centaines de petites pyramides blanches attendent sur le Salar la venue de camions hors d'âge. Le sel est ensuite séché dans des fours rudimentaires, chauffés en brûlant les rares broussailles que l'on peut ramasser alentour. Un peu plus loin, à Rio Grande, une vieille usine coopérative traite le borax destiné à la fabrication de l'acide borique, un antiseptique.

Mais les temps sont en train de changer et la région devrait bientôt se réveiller de sa torpeur salée. Une bataille de portée internationale va commencer ici autour d'une nouvelle ressource : le lithium dont le Salar d'Uyuni contiendrait près de 40 % des réserves mondiales. Ce qui fait de la Bolivie le «nouveau Moyen-Orient du lithium». Déjà utilisé dans les piles des petits appareils électroniques, il devrait être l'élément essentiel pour le développement de la voiture électrique. Le lithium est le plus léger des métaux et se recueille sous forme de carbonate de lithium, qui a l'aspect d'un sel très blanc. Pour l'instant, les principaux producteurs sont le Chili, avec le Salar d'Atacama (39,3 % de la production mondiale), la Chine (13,3 %) et l'Argentine (9,8 %), selon les statistiques du Meridian International Research.

 

La méfiance de la population locale

 

«Au début des années 1990, une entreprise américaine, Litco (Lithium Corporation), a voulu s'installer ici pour exploiter le lithium, rappelle Francisco Quisbert Salinas, secrétaire général de la Fructas, fédération des travailleurs paysans du sud de l'Altiplano. La population s'est mobilisée et a réussi à faire annuler le projet. Ils se seraient une fois de plus enrichis en ne nous laissant que des miettes. Si on exploite le lithium, ce sera pour nous faire sortir de la pauvreté.»

La méfiance de la population locale s'explique facilement. Chat échaudé craint l'eau froide. Nous sommes à quelques dizaines de kilomètres de Potosi, d'où les Espagnols ont extrait des milliers de tonnes d'argent qui ont servi à financer la Renaissance espagnole, sans aucune retombée locale, si ce n'est le «droit», pour les Indiens, de mourir dans les mines. La «tradition» s'est poursuivie, puisqu'il y a encore quelques années, avant que le président d'origine aymara, Evo Morales, change les règles du jeu, les compagnies pétrolières exploitaient le gaz bolivien en ne reversant que moins de 10 % de royalties.

Le nouveau trésor de la Bolivie suscite de nombreuses convoitises. Et le président Evo Morales ne manque jamais une occasion de faire monter les enchères. Lors de son voyage à Moscou, en février dernier, il avait invité les entreprises russes à lui faire des propositions. Quelques jours plus tard, il avait été reçu chez Bolloré et avait essayé la voiture électrique du constructeur français, la Blue Car.

La semaine dernière, lors de la visite de Lula en Bolivie, le lithium s'est invité dans la conversation entre les deux chefs d'État. Le Brésil pourrait avoir un intérêt particulier à s'engager dans cette exploitation, car, en extrayant le lithium de la saumure, on recueille aussi du potassium, un excellent fertilisant dont l'agriculture brésilienne a grand besoin.

Mais le président Morales pose ses conditions : pas question de se contenter d'extraire le lithium. «Cette activité doit servir l'industrialisation du pays, expliquait-il lors d'une conférence de presse à Paris, en février dernier. Il faut que se développe autour de l'extraction du lithium une vraie filière industrielle de construction de batteries et de voitures électriques.»

 

La Paz a déjà investi des millions de dollars

 

Le ministère des mines bolivien est en train de bâtir une usine pilote à Rio Grande, un village situé à une dizaine de kilomètres du Salar. «La construction doit s'achever en décembre et nous entamerons la production en janvier pour, à terme, extraire 40 tonnes par mois», explique Marcelo Castro, le patron de l'usine. Les 120 ouvriers qui travaillent sur le site sont tous emmitouflés dans des passe-montagnes sombres pour ne pas être brûlés par le froid, le sel, le vent et le soleil. Autour des piscines de décantation creusées dans la plaque de sel, ils prélèvent régulièrement des échantillons qui sont ensuite envoyés à La Paz pour être étudiés. La Bolivie a investi 6 millions de dollars dans ce projet. Il en faudrait 300 millions pour l'usine définitive. «Nous n'accepterons qu'une usine qui appartienne à 100 % à l'État bolivien, prévient Francisco Quiesbert. Pas question que des compagnies étrangères viennent s'enrichir avec nos matières premières. Par contre, s'ils veulent implanter des usines de batteries et de voitures, ils sont les bienvenus.»

Pour l'instant, les offres les plus sérieuses faites au gouvernement bolivien viennent du japonais Mitsubishi, du sud-coréen LG et du français Bolloré associé à Eramet. «Notre projet propose une assistance technique pour l'extraction du lithium, une association pour la construction d'une usine de carbonate de lithium, la construction d'une usine de batteries et une autre de voitures, explique Thierry Marraud, directeur financier du groupe Bolloré. C'est un projet d'envergure qui prendra du temps. Et il est fort probable que rien ne se décide avant l'élection présidentielle du 6 décembre prochain.»

La nouvelle Constitution bolivienne nationalisant les ressources naturelles, les compagnies étrangères ne peuvent les exploiter qu'en association avec l'État. Bolloré-Eramet, Mitsubishi et LG s'efforcent donc de proposer des contrats de partenariat conformes aux nouvelles règles du jeu. Pour l'instant, chacun s'observe et étudie les aspects techniques du projet. «Le processus de production de lithium est un cycle long. Dans le Salar d'Atacama, la saumure est laissée en bassin d'évaporation une année pour passer de 1 gramme de lithium par litre à 80 grammes, explique Philippe Bordarier, directeur du développement du groupe Eramet. Nous prévoyons plusieurs phases préliminaires qui prendront cinq à six ans. Nos compétences en matière d'électrométallurgie seront très utiles, même si pour l'instant nous ne sommes pas producteurs de lithium.»

De son côté, Mitsubishi se montre très discret. Le groupe japonais est déjà présent dans la région avec une usine d'extraction d'antimoine, de zinc et de plomb, à quelques kilomètres du site pilote du gouvernement. Evo Morales aurait beaucoup apprécié le volet industriel du projet Bolloré-Eramet.

La Bolivie est l'un des pays les plus pauvres d'Amérique du Sud alors qu'elle possède de nombreuses richesses. Exportateur de gaz, elle recèle encore de ressources minières non négligeables. Le lithium représente un réel espoir pour le pays. Le directeur de l'usine pilote, Marcelo Castro, travaille depuis trois ans sur ce projet dans des conditions très difficiles et sans beaucoup de moyens. Mais il y croit et se fait prophétique : «Nos salaires sont faibles, nos conditions de travail difficiles, mais nous sommes fiers de participer à un projet qui permettra au pays de sortir de la pauvreté et à la planète d'être plus propre !»

Source : Patrick Bèle, le Figaro.fr

 

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oiseau 02/11/2009 20:19


Les richesses naturelles sont vraiment une mine d'or pour ceux qui en tire profit, pendant que tant de mineurs sont exploités et la pauvreté qui persiste comme au temps de Germinal dans notre
pays.En espérant que tout le monde en tirera profit mais ce sera une dure bataille.


paysage 16/09/2009 14:58

pauvre pantin de boisdérisoire,tu essaies de te donner raison,d'être et de vive encored'attirer et de retenir !Ne vois tu pas que chacun t'a délaissé ?La mer s'est retiréelaissant la trace de ses vagues,empreinte de la vie,porte en attendant la renaissance.Mais toi, tu t'obstinestu te dresses,tu crois encore à ta splendeur,illusion de richesse,appétit,toujours plus.Les nuages vont t'enseveliraprès leurs jeux et cabrioles dans le vent,riant, grondant, roulant et s'étirant.Ils se moquent bien de ton spectre pitoyable,de tes tentatives de dignité et de puissance.Tu vas disparaître comme chacun,confondu avec ton ombre,vaincu par ce que tu n'avais pas prévu :illusion d'amour et de justice.Au petit matin,brillant de seil, scintillantà la forme pure du corail osseux blanchiqui depuis si longtemps,égaré, à tes pieds,te demandait une raison d'exister... 

paysage 16/09/2009 10:15

il me tarde que vous repreniez vos pinceaux pour apporter un peu de légéreté à votre blog... La vérité doit éclater à travers de tel reportage mais vous êtes avant tout un artiste et comme chaque artiste faire "rêver"... là je commence à cauchemarder... A moins que vous ne songiez à partir en croisière humanitaire pour défendre les projets et leur application au sein de ce pays qui vous fascine... Vous en avez l'étoffe... reste le pas à franchir : changer de cap... changer de vie....Pas facile : faire de son rêve une réalité ou regarder à travers la lorgnette ce qui se passe - raconter - et laisser agir autrui...  Ceci n'est en rien de l'agressivité mais une révolte non étouffée devant tant de misère et de rêves étouffés dans l'oeuf... La misère nous entoure et j'ai parfois honte même souvent honte de voir à quel point nous sommes toujours aussi nombriliste et nous plaignons de nos situations pourtant tellement enviables au regard de ceux qui nous entourent...   

Françoise 14/09/2009 20:19

Trés interressant cet article. Souhaitons que ce projet se réalise et apporte un peu de ressources à ce pays. Leurs conditions de vie ont l'air vraiment difficile....

Guy Leroy 14/09/2009 22:20


Conditions difficiles. Mais avez le président actuel, les choses sembleraient plutôt mal parties. 


ricou 13/09/2009 21:21

bonjourarticle tres interessant surtout que je reviens juste de cette région du globe. j'ai eu la chance de rencontrer par hasard un bolivien et un jeune universitaire allemand qui m' ont pris en stop. j'ai passé 2 jours avec eux et j'ai tant bien que mal discusté sur la méthode d'extraction du lithium par évaporation. Ces 2 personnes travaillent conjointement pour que les boliviens puissent eux même extraire ce matériau.J'espère de tout mon coeur que leur projet aboutiraa voir sur http://sudlipez.over-blog.com article rencontre du 3 ième type.

Gérard 12/09/2009 21:57

BonjourEcoeurant ce monde ..ou les plus fort exploitent le reste du monde ..Et tant de verite dans le regard de cet enfant .les "grands " de ce monde devraient prendre exemple ...pauvre terre ...et c'ets pas la taxe carbone qui règlera le problême ..Superbe reportage Guy ,barvo je t'envie ! Amitiés *Gérard